“Finalement, la passion m’a gardé ici. J’ai suivi les traces de mon père, parce que j’étais bien ici…”
-Lucile Martineau
Des clients de tous les coins de l’Outaouais québécois et ontarien ont transigé avec l’entreprise située à Sainte-Cécile-de-Masham. Si les murs de la boutique pouvaient parler, ils en auraient long à raconter sur les trois générations de propriétaires, l’évolution des services, le développement des moyens employés pour remplir les commandes et la main-d’œuvre.
La chronologie
Ayant appris les premiers rudiments du métier de menuisier dans les chantiers de la Haute-Gatineau au début du siècle, M. Jean-Baptiste Martineau commença à dépanner occasionnellement les résidents de son entourage.
Les débuts modestes du commerce dans une remise située à côté de la cour de l’école du Moulin ont débuté officiellement en 1911.
En 1934, Jean-Baptiste décida de construire un atelier plus grand de l’autre côté du chemin. Vers 1930, Lorenzo, fils de Jean-Baptiste, s’était joint à l’équipe. En 1953, il en devient le second propriétaire. En 1958, Lucile, fille de Lorenzo, décide de suivre les traces de son père et de son grand-père. En 1975, elle fait l’acquisition de la propriété. Elle en est toujours la propriétaire.
Des services pour chaque époque
Au début du siècle, l’entreprise de M. Maurice Bertrand œuvrait dans la transformation du bois. C’est ainsi que le travail de Jean-Baptiste était orienté vers la réparation des machines aratoires : pièces en bois, roues de bois, jantes métalliques, forge, et ferrage de chevaux. Il commença aussi à fabriquer, pour la C.I.P., des perches munies d’un croc et d’une pointe. Cette nouvelle production allait apporter des commandes importantes : gaffes, manchons de bûcheron, traîneaux, chaloupes, etc. Jusqu’en 1960, ces articles faisaient la priorité de l’entreprise l’hiver.
Suite à l’incendie du moulin à scie de M. Bertrand, les ateliers Martineau ont décidé de diversifier leurs produits. Lorenzo lança la production de portes et fenêtres, qui devinrent la principale raison d’être de l’entreprise. Peu à peu, d’autres objets sortent de l’atelier : tables, balançoires, plateformes. Avec la venue de Lucile, des produits reliés au bois ouvré sortent de la boutique : armoires, meubles, articles décoratifs, meubles d’enfants.
Des moyens de plus en plus perfectionnés
Dans le premier atelier, tous les travaux étaient exécutés à la main. La machinerie était mue par l’activité humaine : ventilateur de forge activé à la main, perceuse murale, tours à bois roulés au pied, etc. La construction de la nouvelle boutique permit l’installation d’un engin à gazoline, qui devint la force motrice de l’atelier. À l’aide d’une tige métallique, on pouvait raccorder toutes les machines avec des courroies. Des machines inventées par les ouvriers apparurent : tour à bois pouvant accepter une pièce de 16 pieds de longueur, scies, ponceuse, etc.
L’invention la plus ingénieuse fut la machine à goujons. Le mécanisme de traction avait été installé à partir de pièces d’une moissonneuse épuisée. À partir de l’engin en fonction, on arrivait à produire assez de courant pour éclairer l’atelier et quelques résidences environnantes. Puis, chaque machine fut équipée d’un moteur individuel. Dans les années 1950, Lorenzo fit l’acquisition de plusieurs machines-outils dites de table. Plus tard, à l’époque de Lucile, on introduisit les outils portatifs : ponceuse, toupie, perceuse, etc. Aujourd’hui, l’atelier fonctionne avec des mécanismes confectionnés par le fondateur, des machines industrielles et des outils modernes.
La main-d’œuvre
Durant ces années, la main-d’œuvre fut assurée en grande partie par les propriétaires et leurs familles. Du temps de Jean-Baptiste, ses frères et beaux-frères répondaient à l’appel. Lorenzo travaille avec son père et son frère Aurèle. Ensuite, ce sont ses enfants — quatre garçons et cinq filles — qui accomplirent les tâches. Aline, son épouse, passait peindre. À l’époque de Lucile, ce sont ses neveux et nièces qui l’ont appuyée dans l’atelier et la cour à bois.
114 ans plus tard
Trois générations ont œuvré dans cette entreprise familiale. Les idées ingénieuses ont permis à ce commerce de survivre aux obstacles du 20e siècle. Pour y parvenir, ces trois propriétaires avaient une seule et même passion : l’amour du bois. À l’origine rédigé par Lucile Martineau en 2001, ce texte a été condensé et révisé en 2025 afin de présenter un aperçu actualisé de l’histoire de l’atelier.